Photographe sans appareil, Ibn El Farouk, réalise des objets visuels qui naissent d'une décomposition savante des couches matérielles qui composent la pellicule argentique. Autant dire qu'il nous renvoie à la préhistoire des images photographiques. Et pourtant le résultat visuel est d'une contemporanéité puissante. On peut même dire qu'il parvient à faire, sans passer par l'univers des programmes et des codes qui encadrent la totalité de la production des images électroniques aujourd'hui, ce que chacun peut accomplir avec son téléphone ou son ordinateur, à savoir produire des images sans référent.
. C'est l'image avant l'image, l'image en tant que processus de transformation d'une matière sous l'effet de la lumière.
Et ce que l'on découvre ici, c'est que l'image photographique argentique est rendue possible par l'existence d'une superposition de surfaces chacune ayant ses particularités chimiques et physiques.
Ibn El Farouk en s'emparant de ces couches parvient à extraire une de ces surfaces qu'on appellera la peau de l'image et à montrer qu'elle dispose d'une vie propre qui ne peut s'animer que si et seulement si on empêche qu'ait lieu l'impression sur elle d'un motif et qu'on lui laisse la possibilité, lorsqu'elle est plongée dans le bain de révélateur ou d'eau, de se détacher du fond et de flotter en se couvrant des reflets que la lumière vient faire naître « sur » elle, « en » elle faudrait-il dire.

JLP 2018